L'Histoire de l'Île Bourbon
Découvrez l'histoire fascinante de l'île de la Réunion, depuis sa découverte en 1513 jusqu'en 1880, à travers les récits d'un professeur d'histoire passionné.
NDLR: Synthèse de "l'Histoire abrégée de l'île Bourbon ou de la Réunion, depuis sa découverte jusqu'en 1880 , par un professeur d'histoire" par Didier Buffet. Le but de ce site est pédagogique et historique. Il s'agit de la vision d'un professeur d'histoire à la fin du 19ème siècle. Il y manque des découvertes historiques ultérieures notamment sur le marronage. Les termes utilisés peuvent paraître parfois connotés "racistes" car c'est la vision d'un homme d'une autre époque. Je n'ai pas voulu changer les termes pour ne pas trahir l'historiographie. Mais cela constitue une base essentiel pour comprendre les époques de l'île. Ce site va évoluer et se moderniser à terme pour intégrer plus d'informations à partir de textes académiques.
Première Époque
1513-1665
La Découverte et les Premiers Pas
L'île Bourbon, aujourd'hui la Réunion, fut découverte par des navigateurs portugais le 8 février 1513. Ils la nommèrent Sancta Apollonia, puis Mascareigne en 1545, du nom de leur chef Mascarenhas. Cette terre vierge, sans port naturel mais dotée d'une beauté exceptionnelle, d'un sol fertile et d'un climat doux, n'attira pourtant pas les Portugais qui aspiraient aux richesses des grandes colonies indiennes. Ils abandonnèrent l'île après y avoir laissé quelques cochons et chèvres, premiers habitants de ce paradis tropical.
En 1613, les Anglais relâchèrent à Mascareigne et la baptisèrent "England's Forest", prétendant ainsi l'ajouter à leurs colonies. Cette simple dénomination leur parut suffire pour revendiquer la possession de l'île, qui figura dans leurs archives comme territoire britannique pendant plusieurs années.
La Progressive Prise de Possession Française de l'Île Bourbon
Dès le début du XVIIe siècle, l'océan Indien devient un théâtre majeur pour les ambitions coloniales européennes. Bien que les Portugais et les Anglais aient d'abord repéré l'île Mascareigne, ce sont les Français qui, par une série d'actes symboliques et stratégiques, vont progressivement l'intégrer à leur empire, la transformant d'une escale anonyme en un poste avancé vital pour la Compagnie des Indes Orientales. Ces prises de possession jalonnent une période cruciale de l'expansion française.
01
1638 - La Première Revendication Symbolique
Le 29 juin 1638, le capitaine **Salomon Goubert** à bord du navire Saint-Alexis, en route pour Madagascar, fait escale sur l'île alors connue sous le nom de Mascareigne. Il y débarque et y plante une croix, arborant les armes du roi de France Louis XIII. Cette première "prise de possession" est avant tout un acte symbolique de revendication territoriale, l'île étant alors inhabitée et ne présentant pas d'intérêt immédiat pour une colonisation.
02
1642 - La Prise de Possession Formelle de De Pronis
Quatre ans plus tard, en 1642, **Jacques de Pronis**, gouverneur de Fort Dauphin (Madagascar) et représentant de la **Compagnie de l'Orient** (future Compagnie Française des Indes Orientales), renforce la revendication française. Il prend possession officielle de l'île au nom du roi de France. La décision d'y déporter douze mutins français depuis Madagascar en 1646, les transformant en premiers habitants européens temporaires, souligne l'intention d'utiliser l'île comme point de relégation et d'ancrage pour les opérations de la Compagnie dans la région.
03
1649 - Le Changement de Nom et l'Impulsion d'Étienne de Flacourt
Sous l'impulsion d'**Étienne de Flacourt**, alors directeur général de la Compagnie Française des Indes Orientales à Fort Dauphin, l'île subit une transformation identitaire majeure. En 1649, il envoie le capitaine **Roger Le Bourg** sur l'île. C'est à ce moment que l'île est officiellement rebaptisée **Île Bourbon**, en l'honneur de la dynastie régnante française. En plus de ce changement de nom significatif, Le Bourg y introduit du bétail, marquant une étape vers une occupation plus durable et la reconnaissance de son potentiel comme escale de ravitaillement stratégique sur la route des Indes.
04
1671 - La Confirmation Impériale de Jacob de La Haye
La présence française est définitivement consolidée en 1671 par **Jacob de La Haye**, vice-roi des Indes et commandant des flottes royales. Lors de son passage, il réaffirme solennellement la possession de l'Île Bourbon par la France, y déposant une pierre commémorative en témoignage de cette annexion officielle. Cette dernière prise de possession marque la reconnaissance de l'importance stratégique de l'île pour la France dans l'océan Indien, en tant que base arrière essentielle pour ses comptoirs indiens et pour la navigation.
Les Révoltés de Fort-Dauphin
L'histoire de la colonisation de Bourbon commence véritablement avec un acte de rébellion. En 1646, douze mutins de Fort-Dauphin (Madagascar), révoltés contre les duretés du commandant de Pronis, furent jugés, condamnés et déportés sur l'île Mascareigne. Ces exilés involontaires devinrent ainsi les premiers habitants permanents de ce qui allait devenir Bourbon.
De Pronis avait commis deux fautes majeures : d'abord en traitant les Français avec dureté et mépris, détournant vivres et bétail pour satisfaire ses vices. Deux requêtes des colons ne leur valurent que des menaces. Exaspérés, les Français se saisirent du commandant, le mirent aux fers durant six mois. Bien que temporairement libéré, de Pronis dut faire face à une nouvelle révolte. Trente colons occupèrent les retranchements du Fort, bien décidés à maintenir leur indépendance.
Par stratagèmes et promesses, de Pronis obtint leur soumission et la reddition de leurs armes. Mais au lieu du pardon promis, les douze principaux meneurs furent garrottés et jetés sur le Saint-Laurent. Le capitaine Le Bourg, peu désireux de tels passagers pour une traversée de cinq mois, les conduisit à Sainte-Marie, d'où il les fit diriger vers Mascareigne dans une barque voilière.
La seconde faute de Pronis fut encore plus grave : il vendit des habitants de Madagascar au gouverneur hollandais de l'île Maurice. Cette perfidie déclencha 27 ans de guerre entre les naturels et les Français, aboutissant au dénouement tragique de 1673 et à la destruction des établissements français à Madagascar.
La Vie des Premiers Colons
Plus heureux que leurs frères de Fort-Dauphin, les douze déportés trouvèrent à Mascareigne la santé, une nourriture abondante et les charmes d'une vie paisible. Ils débarquèrent en octobre à l'embouchure d'une rivière de la côte orientale, baptisée rivière Saint-Jean. La saison des grandes pluies les obligea rapidement à construire des abris : trois cases faites de pieux et de feuillages constituèrent l'habitation de l'Assomption, aujourd'hui le Quartier-Français.
Leur alimentation était variée et abondante : foies de tortues, cabris, poissons, oiseaux, cochons sauvages, auxquels s'ajoutaient les fruits variés de la forêt tropicale. La culture se limitait à deux plantes : les melons et le tabac, seules graines apportées de Madagascar. Constatant partout la même abondance, les déportés entreprirent d'explorer leur nouvelle terre. Le volume considérable d'eau de la rivière du Sud les conduisit à en découvrir la source, un vaste plateau encaissé à la base du massif le plus élevé de l'île.
Redescendant vers le littoral, ils débouchèrent dans la plaine occidentale. L'étang qui la fertilisait, la douceur du climat, la pureté du ciel et une mer habituellement calme les déterminèrent à y établir leur résidence définitive. Ils construisirent au Nord-Est de l'Étang une nouvelle habitation avec un piédestal surmonté d'une croix, près de laquelle ils accomplissaient leurs devoirs religieux. C'est là que le capitaine Le Bourg vint leur annoncer la fin de leur exil.
Antoine Thaureau et Louis Payen
1
1654 - Arrivée de Thaureau
Antoine Thaureau, sept Français et six noirs débarquent dans la baie près de l'étang. Ils construisent leurs cases au pied de la montagne et commencent la culture.
2
1656-1658 - Les Cyclones
Trois ouragans successifs détruisent toutes les plantations et anéantissent tout espoir de prospérité. Les colons sont découragés.
3
1658 - Abandon
Sans nouvelles de Madagascar, privés de secours, Thaureau et ses compagnons profitent du Thomas-Guillaume pour se rendre aux Indes, laissant Bourbon inhabité.
4
1662 - Louis Payen
Louis Payen, son serviteur et dix Malgaches s'établissent à Saint-Paul. Les Malgaches se révoltent et forment le premier noyau des noirs marrons.
Deuxième Époque
1665-1710
L'Enfance de la Colonie
Louis XIV, désireux d'étendre le commerce français, créa en 1664 la Compagnie des Indes Orientales et lui céda à perpétuité Madagascar et ses dépendances. Quatre navires partirent de Brest le 16 mars 1665 avec 520 hommes pour Madagascar et Bourbon. Trois navires relâchèrent à Bourbon, y déposant Étienne Regnault comme commandant, vingt ouvriers, un marchand et 200 malades qui recouvrèrent rapidement la santé.
Regnault et ses ouvriers s'établirent sur les terres cultivées autrefois par Thaureau, donnant naissance au quartier du Vieux Saint-Paul. Cette installation marqua le début de la colonisation permanente de l'île, qui allait connaître une organisation progressive sous des gouverneurs aux pouvoirs presque arbitraires.
Étienne Regnault (1665-1671)
Grâce à l'intelligente initiative et à l'activité du chef de la petite colonie, chacun se mit au travail avec ardeur. Les semis des graines apportées de France réussirent parfaitement, et bientôt les hauteurs du Bernica et de Saint-Gilles se couvrirent de plantations. Les noms des premiers colons méritent d'être notés comme la souche des familles qui colonisèrent l'île : François Ricquebourg, Pierre Hibon, Fontaine, Macé, Baillif, Léger, Payet, Robert, Gruchet, Mancel, Gadet, Técher, Mottet, Aubert, Dennemont, Michel, Esparon, Béloni, Mussard, Hoareau, Natura, Launay et Touchard. François Ricquebourg, le seul qui sut écrire, devint secrétaire du commandant.
1667 - Chapelle
Construction de la modeste chapelle Notre-Dame des Anges sur les bords de l'Étang, grâce au père Louis de Matos.
1669 - Père Jourdié
Le père Jourdié lazariste tient registre des baptêmes, mariages et enterrements pendant trois ans.
Fondations
Sainte-Suzanne (1667), Saint-Denis (1669), Sainte-Marie (1671) sont fondées par Regnault.
Saint-Denis, Capitale en Devenir
En établissant le quartier Saint-Denis, Regnault y fixa sa résidence avec une vision prophétique : "Parce que son ancrage étant le meilleur, ce lieu est destiné à devenir le centre du commerce et du Gouvernement." Cette idée fut réalisée par le célèbre Labourdonnais en 1738. La résidence de Regnault était située sur la place devant l'actuel hôtel du Gouvernement. Un peu au-dessus s'élevaient une paillotte destinée au culte divin, le presbytère et trois autres maisons.
La même année, le marquis de Mondevergne vint faire escale sur la rade et fut accueilli par le chef de l'île qui le retint plusieurs jours. C'est dans cette circonstance que la nouvelle localité reçut le nom de Saint-Denis, d'après l'un des navires de la flotte. Deux ans après, en 1671, l'escadre du vice-roi des Indes y jeta l'ancre, confirmant la supériorité de Saint-Denis.
La culture comprit dès le principe les plantes potagères, le blé dont le premier boisseau mis en terre en rendit soixante, le seigle, la pomme de terre, le tabac, la canne qui servait à faire le vin de flangourin. Le commandant avait planté 2000 pieds de vigne qui rapportèrent longtemps encore après son départ.
La salubrité du climat de Bourbon était devenue proverbiale parmi les navigateurs qui se plaisaient à qualifier cette île fortunée des noms d'Éden ou de Paradis terrestre. Ils venaient, sans distinction de nationalité, y déposer leurs malades qui y trouvaient avec la santé un accueil si cordial que plusieurs renonçaient à leur carrière maritime.
De La Hure (1672-1674)
D'un caractère dur, emporté et violent, ce gouverneur détruisit en peu de temps ce qu'avait édifié son prédécesseur. Il donnait ses ordres d'un ton impérieux et en exigeait l'exécution avec rigueur. Il interdit la chasse au lieu de la réglementer. Un employé de la Compagnie, Véron, fut fusillé et écartelé pour s'être permis de lui adresser quelques observations. Ces rigueurs convenaient peu à des gens qui ne comprenaient ni l'obéissance ni la soumission ; aussi le plus grand nombre d'entre eux abandonnèrent leurs plantations pour s'enfuir dans les bois.
Les noirs n'étaient pas mieux traités que les blancs et le gouverneur n'en était pas moins détesté. Malgré l'absence de chemins, de La Hure se faisait porter d'un lieu à l'autre, exigence inusitée qui acheva d'exaspérer les noirs. Ils résolurent de précipiter le gouverneur du haut d'une ravine profonde lors de la première traversée de Saint-Denis à Saint-Paul. Le complot fut découvert et les noirs mis à mort. Leur exécution donna à la ravine le nom de Ravine-à-Malheur.
Cet état de choses dura trois ans, pendant lesquels plusieurs colons parvinrent à regagner la France tandis que d'autres préférèrent vivre isolés. Le roi, informé des souffrances de la colonie, y renvoya de La Haye avec ordre de remplacer le gouverneur. Gil Launay fut dépêché vers les fugitifs, parcourant toute la côte Sud en sonnant de l'encive. Les colons descendirent de tous côtés, et le nom de de La Haye, en qui ils avaient confiance, fit tomber leur mécontentement. D'Orgeret fut mis à la place de La Hure qui partit pour la France.
Henri d'Orgeret (1674-1678)
1
Modération
D'Orgeret se montra conciliant et dévoué, réglementant la chasse au lieu de l'interdire.
2
Répression
Les noirs marrons furent vivement poursuivis, le travail encouragé et protégé.
3
Calamités
La destruction de Fort-Dauphin et l'invasion de rats causèrent famine et misère.
L'esprit de mutinerie qui avait éclaté sous le gouvernement de La Hure se réveilla bientôt, mais d'Orgeret sut le maîtriser par sa prudente modération. Les habitants témoignaient leur satisfaction d'un régime qui rappelait l'excellente administration de Regnault, et la colonie aurait pu être heureuse sans les calamités qui vinrent la frapper.
En 1674, la colonie de Fort-Dauphin fut détruite sans retour. Quelques échappés du massacre vinrent se réfugier à Bourbon, qui leur fit l'accueil le plus empressé. Les Malgaches de Bourbon, pensant imiter leurs congénères, tuèrent l'officier de Sainte-Suzanne et un Français, mais la révolte fut rapidement réprimée. À l'arrivée des réfugiés, ce fut à qui partagerait sa case, son linge, sa nourriture. L'hospitalité des premiers habitants était si empressée qu'elle donna naissance au proverbe : "On pouvait faire le tour de la Colonie sans une piastre dans la poche, ni louer âne ou mulet."
La Famine de 1677
En 1677, les rats étaient devenus tellement nombreux qu'ils dévorèrent toutes les plantations. Il s'ensuivit une famine qui réduisit les habitants à la plus affreuse misère. Ces calamités provoquèrent une insubordination telle que le gouverneur tenta inutilement d'en arrêter le cours. Son impuissance l'affecta profondément, et il en mourut de chagrin.
À cette époque, les lieux les plus habités étaient Saint-Paul, le Butor, le Chaudron, la Ravine des Chèvres (Sainte-Marie), l'Étang de l'Assomption et la Possession. La Ravine des Chèvres comprenait la population de Sainte-Marie, car les premières habitations occupaient le terrain situé entre le Charpentier et la ravine des Chèvres.
De Florimont et le Père Bernardin
Le gouvernement de Florimont (1678-1680) n'offre rien de particulier, sinon une lettre adressée au ministre Colbert par laquelle il se plaint du dénuement de matériel pour le travail, de l'insuffisance d'ecclésiastiques et de l'insubordination des jeunes gens. À leur tour, les habitants se plaignent au même ministre de l'injustice et des vexations dont ils sont l'objet, réclamant plus d'équité de la part des gouverneurs, la liberté de vente et l'autorisation de se défaire des Madagascarins.
Après deux années de pouvoir, de Florimont mourut d'apoplexie en faisant la pêche dans une ravine située entre le Bernica et Saint-Gilles, qui porta son nom depuis. Les moyens employés par le Gouverneur pour obtenir la soumission n'étaient pas de nature à lui gagner les cœurs : il fit venir de l'Inde des graines de pagodes que l'on répandit sur le sable, afin d'obliger les habitants à se servir de chaussures, dans le but de vendre une cargaison de souliers envoyée par la Compagnie.
Père Bernardin
Élu à l'unanimité après la mort de Florimont, il gouverna avec douceur et prudence de 1680 à 1686.
Agriculture
Il encouragea le travail, réglementa la chasse, fit planter le coton de Surate et essaya le girofle.
Éducation
Il fit apprendre aux jeunes filles à coudre et à filer, ne voulant les marier qu'habiles en ce travail.
Jean-Baptiste Drouillard (1686-1689)
La colonie, si tranquille sous l'administration paternelle du père Bernardin, changea de situation peu après son départ. L'insubordination et la révolte reparurent plus fortement qu'auparavant, et le malheureux Drouillard ne sut faire face à aucune difficulté. Ses expédients, loin de le tirer d'affaire, ne firent que le jeter dans de plus grands embarras.
La chasse réglementée par son prédécesseur fut interdite. On vint se plaindre à lui de cette mesure, mais les auteurs d'une démarche si hardie subirent l'emprisonnement. La population somma le gouverneur de les élargir. Pensant pouvoir compter sur l'assistance religieuse, il sollicita M. Camenhin, aumônier d'un navire, qui se déclara contre le gouverneur et lui fut opposé en tout.
Un navire portugais échoua en rade de Saint-Denis. Le capitaine demanda l'hospitalité qui fut généreusement accordée. Les Portugais en profitèrent pour piller, chasser et dévaster sans ménagement, se déclarant maîtres du pays sous prétexte qu'il avait été découvert par leurs compatriotes. L'un d'eux, nommé Péréira, arracha l'affiche par laquelle le Gouverneur défendait les déprédations. Lorsque le chef de l'île s'en plaignit au capitaine portugais, Péréira saisit une barre de fer avec laquelle il menaça le gouverneur, qui le tua d'un coup de pistolet. Les habitants accusèrent alors le gouverneur de trahison, et les principaux mutins agitèrent la question d'indépendance absolue. Fatigué et accablé, Drouillard quitta précipitamment la Colonie pour rentrer en France le 12 décembre 1689.
Troisième Époque
1710-1735
Le Tribunal, le Service Religieux et le Café
Cette période marque une ère de prospérité et de développement qui place Bourbon au rang des principales colonies de la France. Le tribunal, le service religieux organisé et surtout la découverte du café déterminent l'avenir de l'île. Après les années difficiles de gouvernements instables, la colonie trouve enfin une organisation administrative plus stable et des sources de richesse qui assureront sa prospérité.
Antoine de Parat (1710-1715)
Au Conseil des Six succéda le Conseil provincial, relevant en dernier ressort du tribunal de Pondichéry. Il était composé des Directeurs de la Compagnie, du Gouverneur, de deux missionnaires et de quelques notables colons. Les causes étaient jugées par cinq membres pour affaires civiles, et par sept dans les cas criminels. La difficulté d'en appeler à Pondichéry et la création d'un conseil à l'île de France dépendant de celui de Bourbon déterminèrent l'érection du Conseil de Saint-Denis en conseil supérieur en 1724.
Les questions les plus nombreuses qui occupèrent d'abord le conseil provincial furent celles des concessions, qui n'avaient été faites qu'en termes vagues, sans limites positivement déterminées. Pour remédier à cette source de contestations et de procès, on avisa au mesurage de toutes les propriétés au moyen d'une gaulette de quinze pieds. Telle fut l'origine de la mesure de superficie largement usitée dans le pays jusqu'à la substitution des mesures métriques vers 1842.
Depuis l'arrivée des premiers colons, le service religieux n'avait été représenté que par des religieux de divers ordres ou des prêtres des missions relâchant à Bourbon pour cause de santé. M. de Parat obtint de la Compagnie l'institution d'un service régulier en rapport avec les besoins de la population croissante. En conséquence, la mission de Bourbon fut confiée en 1711 aux pères Lazaristes, bien que leur apostolat ne date que de 1714.
La Découverte du Café
1
1715 - Arrivée des Plants
Le sieur de la Boissière, capitaine de l'Auguste, cède quelques plants de caféier aux habitants. Tous périssent sauf deux.
2
Conservation
Un plant est confié à Laurent Martin à Saint-Denis, l'autre à M. Houbert, curé de Sainte-Suzanne.
3
1719 - Première Récolte
Les premiers grains de ces caféiers se vendent à raison de 16 pour une piastre.
4
Café Sauvage
Le café indigène, appelé café marron, était assez abondant dans les forêts et promettait de belles récoltes.
L'événement le plus important du gouvernement de M. Parat fut la découverte du café. L'émotion fut si grande que les principaux habitants chargèrent le gouverneur d'aller informer la Compagnie de cette heureuse découverte. Il s'embarqua sur l'Auguste, laissant M. Justamond pour le remplacer en son absence. La colonie comptait alors 107 familles blanches (643 personnes) dont les plus riches ne possédaient pas au-delà de 5,000 écus (environ 15,000 francs).
Henri Justamond (1715-1718)
Sous l'intérim de M. Justamond, le conseil provincial prit des mesures pour hâter le développement de la culture caféière. Un arrêté du 4 décembre 1715 obligea chaque habitant à planter et à entretenir 100 cafetières par individu de 15 à 60 ans, libre ou esclave. Cependant le café, quoique cultivé, conservait un goût sauvage qui le fit déprécier et tenir en France pour qualité inférieure. Les Antilles fournissaient en quantité l'espèce tirée de l'Arabie, que sa qualité supérieure faisait rechercher de préférence.
1717 - Mission Moka
M. de Beauvolier est envoyé dans la mer Rouge sur le Triton pour se procurer des plants du caféier Moka.
1720 - Première Récolte
Les plants confiés à M. Desforges-Boucher rapportent assez de baies pour créer 7,500 plants à Saint-Paul.
Expansion
La culture prend une telle importance que les industries primitives deviennent purement accessoires.
De Beauvolier de Courchant (1718-1723)
Ce gouverneur favorisa de tout son pouvoir l'impulsion de la culture du café qu'il avait importé l'année précédente. Il établit des chemins de communication dans le but de faciliter les rapports et le trafic. C'est à lui que l'on doit les premiers travaux de la route de Saint-Paul à Saint-Denis, appelée vieux chemin ou improprement chemin des Anglais.
Tandis que M. de Beauvolier s'appliquait aux améliorations et au développement de l'agriculture, les noirs marrons d'une part, et les pirates de l'autre, recommencèrent leurs dépravations interrompues depuis 1710. Ces ennemis du dedans et du dehors augmentaient en nombre ; les marrons surtout constituaient un danger sérieux pour une population sans moyen de défense.
La protection et la sûreté des habitants s'imposaient rigoureusement. Le Gouverneur y répondit par la création de milices régulières composées pour chaque localité de tous les hommes de 15 à 60 ans en état de porter les armes. En 1718, proposition fut faite du choix de plusieurs familles pour aller coloniser l'île de France, alors inhabitée. Cet appel ne fut pas entendu, car les colons préféraient leur patrie d'adoption. Quelques individus furent néanmoins désignés, mais ils s'enfuirent dans les bois. On dut les réquisitionner et les embarquer sous les ordres du capitaine Henri Hubert.
Les Pirates et la Buze
De 1710 à 1720, les pirates firent peu parler d'eux, mais à cette dernière époque surgirent les Taylor, les Condent, les Egland et surtout le nommé la Buze, qui enlevèrent plusieurs navires en rade, entre autres celui qui portait le vice-roi de Goa et ses richesses, l'archevêque de la même ville et d'autres personnes de distinction en 1721.
Arrivé en rade, le vice-roi descendit à terre pour faire visite au Gouverneur. Peu de moments après, un vaisseau pirate de 50 canons entrait dans le port et ne laissait pas échapper une aussi belle capture. Le capitaine s'empara du bâtiment, puis se rendit au Gouvernement. C'était l'heure du dîner. Le pirate se mit entre le Gouverneur et le vice-roi à qui il déclara qu'il était son prisonnier.
Après de nombreuses libations, Olivier Levasseur commença à prendre une physionomie plus sociable. Desforges profita du moment : "Capitaine, lui dit-il, quelle rançon exigez-vous du vice-roi ? — Il me faut mille piastres, répondit-il avec indifférence. — C'est trop peu, dit le Gouverneur, pour un brave homme comme vous et un gros seigneur comme lui. Demandez beaucoup ou ne demandez rien. — Eh bien ! qu'il soit libre, dit le pirate." Le vice-roi ne se le fit pas répéter, regagna son navire et mit à la voile. Quant au pirate, le surnom de la Buzé lui fut donné depuis cet acte de générosité. Dix ans plus tard, il fut pris à Madagascar, amené à Bourbon, jugé, condamné et pendu le même jour, 17 juillet.
Desforges Boucher (1723-1725)
1723 - Catastrophes
L'année demeura tristement célèbre par d'affreux ouragans et un vaste incendie qui dévora à Saint-Paul le trésor et les papiers de la Colonie.
Dévouement des Lazaristes
Dans cette double détresse, les missionnaires lazaristes offrirent au gouvernement tout ce qu'ils possédaient personnellement et tout ce qui leur avait été confié pour être employé en bonnes œuvres.
Ingratitude
Quelques mois après, le Conseil de quinze membres leur défendit de recevoir à l'avenir tout legs d'argent ou de meubles, et les exclut du Conseil provincial.
Les Lazaristes s'étaient chargés du soin des orphelins, des pauvres, des vieillards et des infirmes. En retour de leur dévouement, on les exclut du Conseil provincial "comme n'ayant à se mêler en aucune façon des affaires de la Colonie." Le Conseil provincial ne suffisant plus aux affaires du pays, fut remplacé par le Conseil supérieur en 1724, qui était tout à la fois législatif, judiciaire et administratif. Sa juridiction s'étendit à Maurice jusqu'en 1734.
Élie Dioré et Pierre Benoit Dumas
Nommé commandant puis gouverneur, M. Dioré (1725-1727) envoya la corvette la Ressource prendre possession de l'île Rodrigue, baptisée ensuite du nom de Marianne qu'elle n'a pas conservé. Les actes administratifs de M. Dioré n'offrent rien de particulier. Il fit une absence durant laquelle M. Sicre de Fontbrune, commandant à Sainte-Suzanne, signa avec le titre de Commandant pour la Compagnie.
Avant le déboisement complet du littoral, le terrain situé entre la marine du Bois-Rouge et la route servait de fond à un étang vaste et peuplé de superbes anguilles. L'espace compris entre cet étang et l'embouchure de la rivière fut choisi par le Commandant Regnault pour la fondation du vieux Sainte-Suzanne. Vers 1725, M. Teste, voulant reconstruire l'église, jugea utile de la rapprocher du Bel-Air, déterminant peu à peu la formation du quartier actuel.
Pierre Benoit Dumas, directeur-général des îles de Bourbon et de France de 1727 à 1735, fit de Saint-Louis une paroisse. Il signa le registre curial concurremment avec M. Carré, curé de Saint-Étienne, du quartier d'Abord et des Grands-Bois. Saint-Louis et Saint-Pierre doivent leur commune origine à la brutalité de La Hure. Pierre Cadet, Roulof, Payet, Fontaine et plusieurs autres, fuyant le Gouverneur, allèrent se fixer dans le Sud au lieu dit des Grands-Bois en 1671.
L'Origine de Saint-Louis et Saint-Pierre
La rivière d'Abord ne tarda pas à être choisie comme point central d'agglomération, sans doute en faveur du port prévu par le père Bernardin. Pierre Cadet était le plus considérable de la petite colonie ; son instruction et l'expérience acquise dans ses voyages lui valurent la déférence de ses compagnons. Il devint le chef du conseil, le juge des différends, comme Athanase Touchard l'était à Saint-Paul.
Madame Cadet
Elle survécut à son mari et usa de ses biens pour secourir les étrangers et ceux qui étaient dans le besoin. Ses connaissances variées et ses libéralités lui méritèrent une grande considération.
Première Église
Le père Carré reçut de Madame Cadet la plus généreuse hospitalité. Sa maison eut l'honneur d'être affectée à la célébration des saints mystères, devenant la première église de cette partie de l'île.
Trois Églises
En 1730, on décida la construction de trois églises : Saint-Louis (1730), Notre-Dame du Rosaire (1732), et Saint-Pierre sur la rivière d'Abord (1734).
Ordonnances et Fléaux
En avril 1728, le Conseil supérieur arrêta que la limite entre les concessions et le domaine serait le sommet des montagnes. Voulant conserver au domaine toutes les pentes arrosées par les petites ravines, il décida que toute ravine dans les hauts qui coulera serait réputée sommet des montagnes. Mais la ravine allait à droite ou à gauche selon les prétentions des intéressés, si bien que ceux-ci empiétèrent peu à peu jusqu'aux sommets les plus élevés, et l'ordonnance ne reçut pas une seule application.
En 1729, des nuées de sauterelles s'abattirent sur la colonie et y causèrent de grands ravages. À ce fléau se joignit une épidémie causée par la variole, apportée par un navire venu des Indes. Les chirurgiens l'attribuèrent à "la fiente et ordure des sauterelles qui couvrent et infectent les plantages." Les miasmes produits par ces animaux purent contribuer à l'intensité du mal ; il n'est pas moins prouvé qu'en cinq mois la variole fit plus de 1,500 victimes. Saint-Paul en particulier eut à enregistrer des pertes nombreuses et très regrettables, entre autres celle du vénérable curé, M. Abot, qui mourut victime de son dévouement le 18 août 1730.
Les Noirs Marrons et le Complot
"Les noirs marrons, dont le nombre s'élevait à environ 2,000, formèrent le complot de massacrer les blancs afin de se rendre maîtres de l'île. Leur trame, découverte, ne put réussir. La répression fut prompte et sévère ; on alla jusqu'à rompre vifs les principaux conspirateurs, mais ces exemples ne servirent qu'à irriter les autres et à les porter à la vengeance. Les dénonciateurs du complot reçurent la liberté"
En 1730, la Possession reçut la visite de ces dévastateurs : le pillage, l'incendie, le meurtre, rien ne leur coûtait. Plusieurs ayant été pris subirent le même sort que les précédents ; toutefois les incursions nocturnes, les vols et le pillage n'en continuèrent pas moins les années suivantes.
Les communications entre Saint-Denis et Saint-Paul n'avaient lieu qu'en pirogue, moyen difficile et périlleux par les grosses mers. M. Dumas reprit l'entreprise échouée du chemin Beauvolier et en confia l'exécution au sieur Bernon, simple habitant. Les travaux s'exécutaient assez rapidement, mais la voie, allant toujours au plus droit et abordant de front les pentes et les escarpements, était impraticable aux voitures. Ce n'en fut pas moins à cette époque une œuvre de très grande utilité.
Mécontentements et Réformes
1731 - Députation
Les habitants, mécontents du gouverneur, résolurent d'envoyer une députation porter leurs plaintes au Ministre. M. Dumas gagna le chef de la députation qui ne fit rien.
1732 - Réunion
Une réunion vraiment coloniale se forma à Saint-Paul pour obtenir une diminution des impôts trop onéreux. On finit par s'arranger au moyen du relâchement de la poulée par tête de noir.
Premier Huissier
Un sieur Toussaint Grosset, chargé des recouvrements, eut l'honneur d'inaugurer la profession d'huissier dans la Colonie en 1732.
Le Gouverneur était, nonobstant les plaintes des mécontents, très dévoué à la prospérité du pays : agriculture, voies de communications, commerce, sécurité des habitants, rien n'échappa à sa vigilante sollicitude. Il donna une grande impulsion à la culture du coton, attira l'attention sur la soie du bombyx malgache, introduisit la cannelle giroflée (ravensara) de Madagascar, qui eut quelque temps une certaine vogue en France.
Cyclones et Fondations
L'année 1733 avait donné d'abondantes récoltes en tous genres, réparant ainsi les dommages causés par l'ouragan de 1731, lorsqu'un cyclone de trois jours vint en 1734 renouveler des misères à peine disparues. Les vents de retour firent des ravages incroyables ; c'est dans cette circonstance que les habitants les remarquèrent pour la première fois.
1733 - Saint-Benoit
Compte comme quartier et paroisse. La colonisation concourt avec celle de Saint-André.
1735 - Saint-Pierre
Reçoit le même avantage au commencement de l'année, devenant quartier et paroisse.
Plusieurs cases avoisinaient la rivière du Mât en 1681, et bien que les noms de ces premiers habitants ne soient pas conservés, on peut voir une famille Robert dont les enfants Jean, Julien et Étienne ont fondé les premiers établissements au Champ-Borne, au village de Saint-André et sur la rive gauche de la rivière des Roches. Cependant les membres de cette famille ne demeurèrent pas longtemps seuls propriétaires ; d'autres colons vinrent partager avec eux les chances d'un avenir laborieux.
Quatrième Époque
1735-1766
Bourbon Sous la Domination de l'Île de France
L'île Bourbon passe sous la domination de l'île de France, situation qui entraîne des conséquences contrastées. D'un côté, la prospérité agricole et commerciale du pays connaît un développement remarquable grâce aux initiatives de grands administrateurs. De l'autre, cette subordination à l'île-sœur crée des tensions et des déséquilibres qui pèseront sur l'économie locale.
Cette nouvelle situation perdura jusqu'à l'arrivée de M. Poivre, dont l'action bénéfique permit à Bourbon de retrouver une certaine autonomie et de développer ses propres ressources. La période vit l'introduction des épices, l'amélioration des infrastructures et l'organisation administrative, malgré les contraintes imposées par la prééminence de l'île de France.
Mahé de Labourdonnais : Le bâtisseur des Mascareignes (1735-1746)
En 1735, à 35 ans, Bertrand-François Mahé de Labourdonnais devient gouverneur général des îles de France (Maurice) et de Bourbon (La Réunion). Cet officier expérimenté arrive pour transformer les îles, qu'il trouve peu développées. L'Île de France, en particulier, n'est alors qu'un simple comptoir.
Dès son arrivée, Labourdonnais se montre un grand bâtisseur. Son objectif est clair : faire de ces îles des bases navales et agricoles puissantes. L'Île de France doit devenir le centre du commerce et de la défense française dans l'océan Indien. Il commence aussitôt des inspections et met en place des mesures importantes.
Grâce à lui, l'Île de France se développe très vite. Port-Louis est transformé en un port fortifié et une ville moderne, capable d'accueillir et de réparer les navires. Il construit des infrastructures essentielles : chantiers navals, hôpitaux, magasins et défenses côtières. Son talent d'organisateur fait de Port-Louis une étape clé sur la route des Indes.
Bourbon (La Réunion) n'est pas oubliée. Labourdonnais la voit comme le "grenier" des Mascareignes, pour nourrir l'Île de France. Il y diversifie les cultures (café, coton, canne à sucre) et améliore les techniques agricoles. Il ordonne aussi la construction de routes, ponts et défenses côtières. Cependant, cette priorité donnée à l'Île de France crée des tensions avec les habitants de Bourbon, dont les ressources et la main-d'œuvre sont souvent utilisées au profit de Port-Louis.
En 1746, après onze années de travail intense, Mahé de Labourdonnais quitte les Mascareignes. Des conflits avec la Compagnie des Indes et des accusations injustes le forcent à rentrer en France. Son œuvre est immense : il a jeté les bases du développement économique et stratégique des deux îles, les transformant en atouts majeurs pour la France dans l'océan Indien. Il reste une figure marquante de l'histoire des Mascareignes.
Les Réalisations de Labourdonnais
Mahé de Labourdonnais, ayant fait connaître ses pouvoirs, parcourut l'île afin d'en constater par lui-même les plus pressants besoins. Il fit construire des batteries, des magasins, des casernes, des moulins à vent, tracer des routes dans le quartier Saint-Paul, et prescrivit la continuation des mêmes travaux entre les divers quartiers de la Colonie. Le chemin Dumas, à travers les montagnes de Saint-Denis, subit quelques légères modifications ; c'est pour ce motif que plusieurs l'ont appelé à tort chemin Labourdonnais.
1
Vision
En prévision du transfert à Saint-Denis du siège de l'Administration, il résolut de construire un port à Sainte-Marie.
2
Refus
Un million lui aurait suffi, mais la Compagnie le lui refusa, compromettant l'avenir du port.
3
Subordination
Bourbon fut définitivement subjugué par une colonie qu'il avait formée 14 ans auparavant.
L'Émery-Dumont et la Subordination
M. Dumas, voyant le Conseil de l'île-sœur si peu disposé à la dépendance, l'avait élevé au rang de Conseil supérieur sur le pied de celui de Bourbon. Mahé de Labourdonnais lui accorda tout d'abord la suprématie qu'il enleva au Conseil de Saint-Paul, et les habitants durent en appeler soit au Gouverneur général, soit au Conseil supérieur de l'île de France. C'en était fait, Bourbon était définitivement subjugué par une colonie qu'il avait formée 14 ans auparavant et qu'il devait nourrir longtemps encore.
La chasse aux marrons n'échappait point à la sollicitude de Labourdonnais ; il la fit poursuivre activement, promettant récompense pour la capture ou la mort d'un marron de tout âge. Le nombre diminua, mais l'honneur de leur destruction devait revenir à Bouvet vers 1760. L'esprit récalcitrant des noirs d'Afrique, surtout de Madagascar, fit concevoir l'idée de l'immigration indienne que Mahé de Labourdonnais autorisa moyennant 200 livres par tête.
Les Routes et le Développement
1
1736
Le chemin de Saint-Paul est continué jusqu'au repos Laleu.
2
1737
Prolongation jusqu'à la rivière d'Abord.
3
1738
Extension jusqu'à Saint-Benoit.
4
1739
Le chemin de ceinture facilite les communications jusqu'à Saint-Denis.
En 1736, création du papier-monnaie pour une somme de 360,000 francs dont 300,000 à valoir sur le café. Supprimé en 1740, on dut le rétablir l'année suivante. De fait, le papier-monnaie a rendu d'importants services à la Colonie, excepté toutefois les assignats qui ruinèrent tant de familles pendant la Révolution. Ces divers mouvements n'éblouirent pas les habitants qui, au dire même de Mahé de Labourdonnais, étaient défiants vis-à-vis de l'Administration et de la Compagnie.
Le Pont Volant et les Griefs des Colons
Après le transfert du chef-lieu à Saint-Denis en 1738, cette année fut marquée par la construction d'un pont volant. Cet ingénieux système, probablement une sorte de bac mobile ou de plate-forme flottante, était essentiel pour faciliter l'échange des marchandises entre le port et les navires mouillés sur la rade. Ce dispositif, audacieux et innovant pour l'époque, fut longtemps admiré des visiteurs et demeura inégalé par les constructions ultérieures.
Malgré ces avancées techniques, la population locale exprimait de vives frustrations. Plusieurs griefs majeurs pesaient sur les habitants, révélant les tensions avec l'Administration et la Compagnie :
1. Travail Forcé et Non Rémunéré
Les colons étaient contraints de fournir des esclaves pour les travaux publics essentiels, sans que la moindre compensation financière ne soit versée pour leur travail. Cette pratique représentait une lourde charge et une injustice flagrante.
2. Service Militaire Obligatoire à l'Île de France
Même en temps de paix, les habitants étaient soumis à l'obligation rigoureuse de constituer des détachements pour le service militaire à l'Île de France. Cette exigence perturbait la vie agricole et familiale, sans justification apparente.
3. Pratiques Commerciales Abusives
Les agents de la Compagnie se livraient à des exactions, s'accaparant les meilleures marchandises produites localement pour leur propre bénéfice, et ne proposant aux colons que des résidus ou des produits de moindre qualité à la vente, créant un déséquilibre économique flagrant.
André d'Héguerty (1739-1743)
M. de Labourdonnais savait que la proximité de résidence des membres du Conseil était un obstacle à l'affaiblissement et à l'infériorité dans lesquels il voulait maintenir cette assemblée. La réussite de ce double projet ne pouvait résulter que de la distance ; il en profita. Saint-Denis conservait trois conseillers ; les autres durent se fixer : un à Sainte-Suzanne, un à Saint-Paul, un à Saint-Pierre. Ces trois derniers se dédommagèrent de leur éloignement du chef-lieu en s'arrogeant le titre de commandant.
L'ouverture des chemins, et par suite leur entretien, venaient de faire surgir un nouveau besoin : la création des ateliers de la Compagnie pour les travaux publics. Leur mode d'entretien fut basé sur l'impôt de capitation établi en 1737 : chaque propriétaire payait 20 sous par noir. Cet impôt varia selon l'urgence des besoins.
On ne s'en tint pas à la capitation ; les hommes des ateliers n'étant pas assez nombreux, on y suppléa par la corvée. Cette nouvelle charge consistait à imposer par habitant un certain nombre de journées de noirs pour l'année. Les habitants firent la sourde oreille. Mais la Compagnie avait le privilège exclusif de vendre les aliments et autres marchandises indispensables ; Mahé de Labourdonnais défendit de vendre à quiconque n'aurait pas fourni son contingent de corvée en 1739. Ce moyen eut un plein succès, et les corvées subsistèrent jusqu'en 1834.
La Restriction du Café
Quelques mois après, Mahé de Labourdonnais, plus décidé que jamais à concentrer les forces de colonisation sur l'île de France, arracha au conseil supérieur de Bourbon une déclaration solennellement inscrite, portant que l'île était assez peuplée et qu'elle produisait trop de café. L'année précédente (1738) l'île avait produit sept mille balles de café, et l'on faisait difficulté de l'acheter, sous prétexte qu'il y en avait trop. En 1805 on en exporta trente-cinq mille balles, et il n'y en eut pas assez !
Le 8 août 1743, le Conseil présidé par Mahé de Labourdonnais déclara que la Compagnie n'achèterait désormais que 10,000 balles café. On défendit de planter de nouveaux caféiers et même de remplacer ceux qui avaient péri. Une commission chargée de visiter les lieux faisait arracher les jeunes plants et quatre fois autant des anciens par manière de pénalité, avec imposition de 200 piastres d'amende aux contrevenants.
À la place du café dont on se dégoûta, on poussa à la culture du coton et à celle de l'indigo, qui ne produisit pas de résultat. Si la Compagnie s'est trouvée gênée dans ses ventes, elle a eu le tort d'avoir refusé le commerce avec la Perse qui s'offrait d'acheter le café Bourbon.
Didier de Saint-Martin et Gérard de Ballade
Milices
En prévision de la guerre, M. de Labourdonnais réorganisa les milices en 1743 pour faire face aux dangers de l'intérieur et aux attaques des Anglais.
Prélèvement
Le 8 janvier 1745, le Conseil décida que Bourbon fournirait un noir sur vingt, et qu'en cas de refus, on userait d'autorité.
Théâtre
Didier de Saint-Martin fit construire un théâtre où de Ballade organisa des représentations dans lesquelles il jouait les rôles principaux.
Comme ses deux prédécesseurs, M. de Saint-Martin n'occupa le gouvernement de Bourbon que sous les ordres de M. de Labourdonnais. Jean-Baptiste Azéma, chargé de l'intérim à l'île de France pendant la campagne de M. Labourdonnais, se fit remplacer par Didier de Saint-Martin pour occuper le siège de Saint-Denis. Il mourut le 31 octobre après six mois d'administration. Gérard de Ballade devint gouverneur mais, jugé trop peu digne de commander, il fut déposé par les habitants. Il reprit néanmoins son poste l'année suivante et mourut en fonctions en mai 1749.
Joseph Brenier (1749-1756)
1
Cession de Sainte-Marie
C'est vers le mois de juillet 1750 que le gouverneur général, Barthélemy David, négocia la cession de Sainte-Marie de Madagascar. L'île fut remise à M. de Villiers par la reine Béti, fille du dernier roi Tamsimalo. L'île Sainte-Marie avait échappé aux Français en même temps que la colonie de Fort-Dauphin.
2
Régularisation des terrains
M. Brenier reprit un deuxième intérim de trois années pendant lesquelles on s'occupa spécialement des terrains. Les pas géométriques paraissent avoir existé dès l'origine de la colonisation ; ils avaient été l'objet de discussions en 1737 et même d'une ordonnance sous forme dubitative. Mais en 1754, le conseil en régularisa le droit ; leur existence était définitivement établie.
3
Concessions et redevances
Toutefois les concessions à venir furent fixées à 312 arpents pour un habitant ; le double était accordé à un employé de la Compagnie. L'arpent dont il s'agit représente 42 ares 20 centiares. Chaque lot de concession ou de vente devait payer un cens à la Compagnie ; cette redevance presque seigneuriale consistait à livrer annuellement 16 poules ou chapons. Il fut établi, en outre, que la corvée comprendrait deux journées de chaque noir à partir de 15 ans.
C'est sous le gouvernement de M. Brenier que naquirent les deux poètes, Évariste de Parny et Antoine Bertin ; celui-ci vit le jour à Sainte-Suzanne le 10 octobre 1752, l'autre à l'Hermitage le 6 février 1753.
Jean-Baptiste Bouvet (1750-1763)
De Lozier Bouvet partit de Lorient sur un des vaisseaux de la Compagnie. À son arrivée à l'île de France, le Gouverneur général, Barthélemy David, le chargea de conduire à Madras des provisions et 450 volontaires pour le service de Dupleix. Sa mission terminée, il rentra en France, se lia d'amitié avec la famille du Gouverneur de l'île de France, dont il épousa la sœur. De retour à l'île de France, M. Bouvet fut nommé au gouvernement de Bourbon le 2 octobre 1750.
Le nouveau Gouverneur prit à cœur la mission que la Compagnie venait de lui confier. Ses soins, son activité et ses projets témoignent hautement du désir qu'il avait de rendre l'île prospère. Grâce à son esprit judicieux et éclairé, il aurait réussi sans le grade de capitaine en activité qu'il avait conservé et la guerre de sept ans, qui l'obligèrent à des absences longues et réitérées.
01
Inspection
Le premier soin de M. Bouvet fut de parcourir tout le littoral pour s'informer auprès des habitants de leurs divers besoins.
02
Séparation
Il insista sur la séparation complète du gouvernement des deux îles comme principal moyen d'assurer leur développement.
03
Éducation
Il obtint du conseil la création d'un collège confié aux Pères Lazaristes en 1751, achevé en 1759.
Les Routes et l'Agriculture
Jusqu'alors, la création d'une route traversant les laves du Brûlé était jugée impossible. Pourtant, Monsieur Bouvet, après avoir prolongé l'axe de Saint-Benoît à Sainte-Rose, releva ce défi majeur. Il surmonta l'obstacle en élargissant un ancien sentier emprunté par les marrons, qui serpentait à travers la Plaine des Palmistes et la Plaine des Cafres. Ainsi fut ouvert le chemin stratégique reliant Saint-Benoît à Saint-Pierre. Impressionné par la vaste Plaine des Cafres, le Gouverneur y entrevit un potentiel immense pour l'élevage de bétail, destiné à la production de viande.
L'agriculture constitua également une priorité majeure pour le gouverneur dévoué. Il manifesta un soutien particulier à la culture du café et à celle d'autres espèces végétales. Dans cette optique, il effectuait régulièrement des tournées d'inspection autour de l'île, visitant les habitations, s'enquérant des pratiques agricoles des propriétaires et leur prodiguant des conseils avisés. Cependant, les pillages incessants des esclaves marrons représentaient un frein considérable à ces efforts, décourageant les habitants et menaçant la prospérité agricole. Pour garantir le succès de ses initiatives, Bouvet résolut de relancer une offensive impitoyable contre eux, déclarant une véritable "guerre d'extermination" dès 1752.
La méthode employée pour cette répression était d'une brutalité glaçante. Pour chaque esclave marron capturé, ou pour la simple présentation de sa main gauche comme preuve macabre, l'Administration offrait une récompense des plus cyniques : un autre esclave. Ce système ignoble, conçu comme une "guerre d'extermination", se révéla d'une efficacité terrifiante et implacable. Les résultats, entre avril et le 17 décembre 1752, furent sans équivoque : 90 "grands marrons" furent capturés ou tués. Entre 10 et 12 autres périrent en tentant d'échapper à leurs poursuivants, succombant à des chutes ou se jetant des falaises escarpées. Parallèlement, un nombre équivalent, désespéré, choisit de se rendre volontairement à ses maîtres. En moins d'un mois, 100 "renards" – le terme désignant les esclaves fugitifs – furent ramenés de force à la servitude, témoignant de la tragique "réussite" de cette politique répressive.
La Variole et les Cyclones
Madagascar et l'Île de France étaient atteints de la variole. À Bourbon, les habitants se souvenaient de l'année 1729, mais malgré cela on ne fit aucune difficulté pour recevoir un navire de l'Île de France apportant 50 soldats destinés à la garnison, et un autre venant de Madagascar avec des malades à son bord. L'épidémie sévit d'abord à Saint-Paul où avaient eu lieu les communications ; de là elle s'étendit rapidement dans les quartiers, y causant de grands ravages. Ce fléau fut suivi de deux cyclones très violents en janvier et février qui ajoutèrent la dévastation au deuil de l'épidémie en 1759.
18,000
Population totale de l'île à cette époque
5,500
Habitants de Saint-Paul, le quartier le plus peuplé
3,800
Habitants de Saint-Benoit, deuxième quartier
Nouvelles concessions en 1760 sur la rive gauche de la rivière de l'Est, de tous les terrains compris entre cette rivière et la ravine des Orangers. On procéda cette fois au morcellement par un mesurage rigoureux : tardive précaution qui, prise plus tôt, eût épargné bien des divisions et une foule de procès.
Bertin (1763-1767)
Entre le départ de Bouvet et l'arrivée de son successeur, il s'écoula deux mois pendant lesquels l'administration fut confiée au commandant Santuari. Bertin arriva de France avec des ordres sévères, sans doute pour les employés de la Compagnie et ceux de l'Administration, dont plusieurs donnèrent prise à des soupçons sur leur probité. Quatre membres du Conseil supérieur furent simplement destitués : précautions inutiles ; les employés avaient tous fait de grandes fortunes aux dépens de la Compagnie.
Celle-ci, dupe de ses agents, en était finalement réduite à une banqueroute en 1764 ; toutefois la rétrocession ne se fit qu'en 1767. Un changement si subit dans les affaires de la Compagnie jeta la consternation parmi les employés et le découragement chez les habitants. Le commerce chôma, le travail se ralentit, les produits diminuèrent ; en trois années, l'île périclita au point que nombre de familles cherchèrent à libérer leurs esclaves pour retourner en France.
Le roi, instruit de ces dispositions, lança en date du 20 avril 1766 un ordre qui défendait l'affranchissement des esclaves sans autorisation des gouverneurs. Comme on a pu le voir, la Cour avait eu des motifs de mécontentement contre le Conseil supérieur : une ordonnance du 25 septembre 1766 ne lui laissa que les attributions judiciaires. Un tribunal terrier fut chargé de régler les contestations en matière de terrain ; la partie législative émanait directement du Ministère. Les pouvoirs du Conseil supérieur, diminués des deux tiers, se trouvèrent encore restreints en 1771 ; il fut enfin dissout le 3 avril 1793 par le décret de l'Assemblée Nationale.
Cinquième Époque
1767-1815
Rétrocession et Prospérité sous Poivre
Lors de la rétrocession des colonies au roi, M. Poivre reçut le titre d'Intendant des deux îles, et M. Dumas fut nommé gouverneur général. L'Intendant eut ordre d'encourager par tous les moyens possibles la culture des épices. M. Poivre élève Bourbon à son plus haut point de prospérité pendant le dix-huitième siècle. Cependant, la Colonie souffrit de sa dépendance de l'île de France, des changements du papier-monnaie, des troubles de la révolution et finalement de sa prise par les Anglais.
M. M. Dumas et Poivre abordèrent à l'île de France le 5 novembre 1767. M. Poivre, réunissant les conceptions d'un génie remarquable à un dévouement sans bornes, ne pouvait qu'exciter la jalousie et la malveillance. En effet, à peine le gouverneur Dumas fut-il à l'œuvre qu'il se déclara ouvertement contre l'Intendant, traversant ses desseins dans le but de faire manquer la réussite de ses essais agricoles.
Pierre Poivre, le Bienfaiteur
Les Épices
M. Poivre avait habité l'île de France dès 1749. Son idée était d'enlever à la Hollande le monopole des épices. Il se livra à plusieurs tentatives personnelles et acquit l'estime des habitants.
Diplomatie
Savant diplomate et habile administrateur, il mit la France en relation avec la Cochinchine, rétablit l'ordre et la prospérité dans les deux îles.
Agriculture
Il s'appliqua surtout à ranimer l'agriculture, introduisit ou propagea le girofle, la muscade, le poivre, la cannelle de Ceylan, le riz sec, le bois noir, le badamier, le filao.
Les Martins
Il introduisit les martins ou merles des Philippines pour détruire les sauterelles qui, tous les ans, ravageaient ces colonies.
Martin Bellier et De Bellecombe
M. Bertin avait remis ses pouvoirs à M. Martin Bellier qui les transmit à de Bellecombe après un intérim de 8 mois. Sous son administration, parut un ordre de l'intendant Poivre qui défendait, sous des peines sévères, de tuer les martins, les cochons et les cabris. Cette ordonnance tombée en désuétude fut relevée en 1786.
Sous la domination royale, la situation des îles-sœurs s'améliora considérablement, surtout sous le rapport des Administrateurs dont les pouvoirs étaient moins arbitraires, moins absolus, et sous le rapport du commerce qui n'avait plus à enrichir les employés de la Compagnie. Néanmoins Bourbon demeura, comme auparavant, subordonné à l'île de France, état nécessairement préjudiciable.
La Compagnie avait conservé la vente des marchandises européennes, mais à des prix convenus qui lui laissaient 100, 80, 60, 40 ou 30 pour cent, suivant la nature des marchandises. C'était trop peu ; elle ne fit rien, et le privilège lui fut retiré en 1779. On laissa aux îles pleine liberté d'achats et de ventes.
Aussitôt la rétrocession des îles, le papier-monnaie de la Compagnie fut retiré avec perte entière pour la plupart des porteurs ; les billets en circulation représentaient déjà un déficit de 68 pour cent sur la monnaie effective. Ce retrait entraînait les affaires ; on ne put y faire face, le numéraire était insuffisant. Alors on créa le papier-carté qui fut retiré et brûlé en 1781, puis vinrent enfin les fameux assignats de la République, appelés billets Malartic.
Organisation Administrative
Fabriques
M. de Crémont institua les fabriques destinées à l'entretien des églises et exigea trois registres curiaux originaux.
Commune Générale
En 1768, constitution de la commune générale représentée par un conseil électoratif de notables et de commandants.
Impôt
Impôt de 1 à 2 francs par tête d'esclave destiné à pourvoir aux dépenses locales, entretien des églises et écoles.
À cette époque Sainte-Suzanne, Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Benoit, Saint-Pierre étaient à la fois quartiers et paroisses, c'est-à-dire communes. Saint-André, Sainte-Marie et Saint-Louis ne constituaient que des paroisses. La première relevait de Sainte-Suzanne, la seconde de Saint-Denis et la troisième de Saint-Pierre.
Les Milices et la Monnaie
Lors de l'émission du papier-carté, la piastre d'Espagne représentait onze livres ou 5 francs 50. Le roi envoya une somme de 2,000,000 francs en pièces de 6 liards (7 centimes et demi) que l'on fit circuler pour une valeur de 3 sous. Déjà, en effet, la distinction existait entre l'argent faible des îles et l'argent fort de France, et l'édit du 20 septembre 1769 spécifiait que l'argent fort valait le double de l'argent colonial. L'usage prévaut encore aujourd'hui parmi le peuple d'appeler 40 sous la pièce d'un franc.
1,200
Contingent
Hommes que chacun des cinq quartiers devait fournir aux milices régularisées en 1768.
200
Volontaires
Corps de volontaires composé de 200 hommes recrutés parmi les milices pour combattre les Anglais.
25
Survivants
Sur 174 volontaires partis en 1772 sous le capitaine Montvert, seuls 25 revinrent des combats.
Les Épices Arrivent à Bourbon
M. Poivre fit construire ou agrandir dans les quartiers les magasins destinés à recevoir les grains. Des notaires furent chargés d'en payer le montant sur les lieux. Jusque-là, les céréales, le café et autres produits indigènes devaient être transportés et payés dans les magasins du chef-lieu, inconvénient que la difficulté des chemins rendait excessivement pénible. Ce fut en 1770 que les épices arrivèrent à l'île de France, d'où M. Poivre les introduisit deux ans plus tard à Bourbon.
Le sage Intendant envoya M. de Trémignon sur le Vigilant et M. d'Etchévéry sur l'Étoile du Matin à la recherche des épices. D'Etchévéry se dirigea sur Céram, où il arriva le 15 mars. Un Hollandais qui avait des griefs contre ses compatriotes donna au capitaine des renseignements précis sur les îles de Geby et de Patang dont les souverains firent bon accueil à d'Etchévéry, lui fournissant quantité de grains et 400 plants de muscadiers, plus une ample provision de baies de girofle.
D'Etchévéry, passant le détroit de la Sonde, fut abordé par cinq navires hollandais gardes-côtes qui l'interrogèrent. Il répondit en homme d'esprit, leur donnant complètement le change et arriva sain et sauf à Port-Louis le 25 juin 1770. Trois ou quatre girofliers furent confiés à M. Joseph Hubert ; il les planta sur son habitation au Bras-Madeleine, à Saint-Benoit, mais il ne put en sauver qu'un seul, qui fut le général de tous ceux qui, plus tard, couvrirent la Partie du Vent.
Savournin et De Steinauer
De Bellecombe fit une absence pendant laquelle l'intérim fut confié à M. Savournin d'octobre 1772 à mars 1773. Il n'y eut rien de remarquable, ni même un seul acte à signer pendant ce temps, de sorte que l'administration de l'intérim est absolument dépourvue de faits historiques. M. de Bellecombe repartit pour trois mois seulement, puis il rentra en France.
1
Grenier
M. Poivre avait donné un grand essor à l'agriculture. Bourbon devint un grenier d'abondance pour l'île de France.
2
Ravitaillement
De 1773 à 1783, Bourbon fournit le blé et autres grains nécessaires aux escadres françaises et à l'île de France.
3
Population
La population était de 34,939 individus, malgré ce surcroît de bouches à nourrir.
De Steinauer (1773-1776) continua l'œuvre de M. Poivre. Il favorisa de tout son pouvoir la production des grains, la culture et la propagation des épices. Il s'appliqua également à la destruction des animaux nuisibles qui étaient très nombreux et causaient des dégâts considérables aux plantations. Les noirs esclaves dont le marronnage dépassait un mois devaient être punis de mort ; le Gouverneur commua cette peine en celle de la chaîne perpétuelle et l'empreinte d'une fleur de lys au visage.
François de Souillac (1776-1779)
La population du Repos Laleu s'était considérablement accrue. Le Gouverneur, de concert avec l'Ordonnateur, établit une division territoriale dont les limites sont encore aujourd'hui les mêmes. Il fonda une paroisse en prévision d'un quartier, appelé depuis Saint-Leu en décembre 1776. Saint-Leu a conservé pendant un siècle le nom de Boucan Laleu, Repos Laleu, du premier habitant qui alla s'y fixer au temps de Regnault.
Le territoire qui s'étend de la ravine des Trois-Bassins à celle des Avirons fut concédé à Pierre Hibon en 1693 par Michel Firelin. Sa famille devint ainsi la souche d'une localité qui prit bientôt de l'importance. 47 ans après sa fondation, Saint-Leu possédait un plan partiel mais régulier de la division des propriétés.
En 1777, le quartier put constituer un atelier de 80 hommes, tandis que ceux de Saint-Pierre et Saint-Benoit n'en avaient que 60. Ses habitants, les plus nombreux et les plus aisés de toute l'île, fournirent durant 3 ans une taxe de 30 sous par tête d'esclave en sus de l'impôt de capitation. Saint-Leu reçut un prêtre titulaire en 1776 et fut séparé de la commune de Saint-Paul en 1789.
De Souillac entra dans les vues de son prédécesseur au sujet des abus exercés sur les noirs marrons ; il prescrivit même des peines contre ceux pour qui cette véritable chasse était une occasion d'atrocités. En 1777, le chevalier Banks, ingénieur colonial, exécuta le plan de Saint-Denis qui avait été arrêté en 1742. Il comprenait douze rues de l'Est à l'Ouest, sept du Nord au Sud et cinq places publiques.
Les Révoltes de 1778-1779
Pendant les années 1778 et 1779, la Colonie fut éprouvée par de violents ouragans et par deux révoltes de noirs à Sainte-Suzanne et à Saint-André. Des arrestations nombreuses en prévinrent les suites redoutables. Les principaux coupables avouèrent un complot organisé pour le massacre général des blancs. Leur chef, Zélindor, condamné à être roué vif, fut exécuté le même jour.
Malgré la dévastation et les ruines occasionnées par les deux derniers cyclones, M. de la Brillaune, gouverneur particulier de l'île de France, fit élever son traitement à 50,000 francs et celui de son secrétaire à 6,000 francs. Le dernier mémoire de M. Mahé de Labourdonnais établissait le traitement du Gouverneur à 6,000 francs. Quelle différence !
De Saint-Maurice
Un nouveau complot formé entre les esclaves fit remettre en vigueur les supplices mitigés par de Souillac et Steinauer (1779-1781).
Prélèvement
M. de Souillac exigea l'envoi à l'île de France de 200 des meilleurs noirs des ateliers de Bourbon.
Volontaires
En 1780, 50 hommes partirent sous Girvan Fondaumière ; l'année suivante, un second détachement se dirigea sur Pondichéry.
De Souville (1781-1785)
M. de Souville résolut d'empêcher un nouveau prélèvement des noirs en faveur de l'île de France. À cet effet, il persuada aux habitants la création d'ateliers communaux destinés à l'entretien des chemins et à l'embarquement des denrées. En visant à cette création, le Gouverneur, aidé de M. Motaïs de Narbonne, avait en même temps l'intention de faire disparaître les corvées, imposition que les habitants supportaient avec peine.
Saint-Pierre avait alors son atelier de 64 hommes ; ceux de Saint-Denis, Sainte-Suzanne et Saint-Benoit se composaient chacun de 60 hommes. Saint-Paul et Saint-Leu pouvaient fournir des ateliers de 80 hommes en 1784. L'importance des quartiers commençait à faire sentir la nécessité de relations régulières ; on établit le service des lettres, lequel se faisait par deux noirs allant, l'un dans la Partie du Vent, et l'autre dans la partie Sous-le-Vent.
Les malles partaient deux fois par semaine de Saint-Denis pour Saint-Pierre et Saint-Benoit, et revenaient deux fois par semaine également. Le port de la lettre simple était de 30 centimes. Cette branche de service ne marcha longtemps que péniblement. Les recettes étaient insignifiantes, les habitants préférant de beaucoup pour la sûreté et la célérité échanger leur correspondance au moyen de courriers particuliers.
En 1785, la Colonie comptait 44,717 habitants, et le personnel des diverses branches de l'administration civile et religieuse coûtait 146,000 francs. M. de Souville est le premier Gouverneur qui ait fait le tour de l'île. Il détermina les limites qui devaient former la paroisse de Saint-Joseph en 1784.
La Fondation de Saint-Joseph
La région qui s'étend de la ravine Manapany au Grand-Brûlé a été l'une des dernières peuplées. Sa proximité du volcan, le peu de terre recouvrant les laves de la section du Baril, l'absence d'eau potable, les remparts si difficiles à franchir de la Basse-Vallée et de Manapany avaient éloigné les colons du Quartier d'Abord et des Grands-Bois. Cependant quelques concessions avaient eu lieu en 1735, d'autres vers 1750, 1780 et 1782, mais les habitants vivaient disséminés et privés de rapports commerciaux avec les quartiers voisins.
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1783 - Exploration
Joseph Hubert explore cette région dont la fraîcheur et le climat pluvieux lui paraissent convenir à la culture des épices.
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1784 - Visite Officielle
Le Gouverneur se transporte sur les lieux, admet en principe la création du quartier et en détermine les limites.
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1785 - Nomination
M. de Souville nomme Joseph Hubert commandant du futur quartier. L'origine officielle de Saint-Joseph remonte à cette nomination.
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Développement
Joseph Hubert fournit gratuitement des milliers de plants de girofles et de muscades, fait creuser des puits, tracer des chemins, construire le presbytère et l'église.
Joseph Hubert, Père de Saint-Joseph
En désignant Joseph Hubert pour commandant, le Gouverneur avait donné un père aux familles du Baril, du Trou et du Tremblet. En effet, le célèbre naturaliste fit de la localité sa propriété, et des habitants ses propres enfants. Il leur fournit gratuitement des milliers de plants de girofles et de muscades dont le monopole lui était assuré à un prix très élevé. Il fit creuser des puits en grande partie à ses frais, tracer des chemins, construire le presbytère et l'église.
Mais la question qui le préoccupait surtout était le mesurage des propriétés, "afin, disait-il, d'assurer la tranquillité à mes enfants ; ils sont venus parce qu'ils avaient confiance en moi ; c'est à moi de les protéger." L'abornement promis en 1785 fut négligé ; on y opposa les réserves qui devaient enlever une portion considérable des propriétés.
Joseph Hubert se constitua le défenseur de ses enfants. Voyages, correspondances, amis influents, menaces même, tout servit à son œuvre sous chacune des administrations qui se succédèrent depuis 1785 jusqu'à la rétrocession. Enfin, après avoir lutté 31 ans contre d'incessantes difficultés, Joseph Hubert obtint du Gouverneur Bouvet, en 1816, un mesurage complet avec le plan de toutes les propriétés.
Le quartier des Nouvelles Moluques reçut le nom de Saint-Joseph, en mémoire du Gouverneur Joseph, baron de Souville. Les Anglais Keating et Farquhar voulaient y substituer celui de Saint-Hubert, mais le modeste commandant s'y refusa. Saint-Joseph ne voulut point prendre part aux troubles qui affligèrent la Colonie de 1790 à 1800.
Émile Dioré et De Cossigny
En 1785, M. Joseph Hubert récolte les premières baies du seul giroflier conservé à Bourbon. M. Sime de Fontbrune tire également de Saint-Benoit la première noix muscade de l'île, l'offre au Gouverneur et en reçoit, selon qu'il avait été promis, deux noirs de choix. Émile Dioré (1785-1788) était fils du précédent gouverneur de ce nom. Avant sa promotion au premier poste de la Colonie, M. Dioré avait servi sous les drapeaux et obtenu le grade d'officier.
1,390,000
Café
Kilogrammes de café produits en 1786, principal produit agricole de l'île.
169,850
Coton
Kilogrammes de coton récoltés, culture secondaire mais importante.
274,806
Graminées
Hectolitres de graminées dont 50,000 hectolitres de blé encore cultivé.
De Cossigny et Sainte-Rose
De Cossigny de Palma, maréchal-de-camp, vint prendre l'administration après le départ de M. Dioré (1788-1790). Appelé en 1790 au commandement de l'Île de France avec le titre de Gouverneur-général, il n'eut guère le temps de s'occuper des intérêts de Bourbon. Il organisa cependant la paroisse de Saint-Leu, lui donna un commandant et en fit un quartier, une commune.
Sainte-Rose attira également son attention. Il en désigna les limites actuelles, voulut en faire une paroisse séparée de Saint-Benoit. Baril avait été indiqué comme chef-lieu de la paroisse de Saint-Joseph ; M. de Cossigny choisit l'Angevin, ce choix prévalut par la suite. De retour à l'Île de France, le Gouverneur y fit venir la canne de Batavia ou canne blanche ; c'est de cette souche qu'elle est parvenue à Bourbon.
Le Port-Carron, le quai la Rose, et enfin Sainte-Rose tire son nom du vocable de la paroisse. Sous le gouvernement de Labourdonnais, vers 1740, les Boyer, Plante, Laxalde, Furcy, puis ensuite Collet, Hoareaux, Esparon, Duchemann y firent les premiers essais de colonisation. En 1750, M. Bouvet de Lozier favorisa leur entreprise en ouvrant une voie de communication. Joseph Hubert les seconda plus tard dans la création de cafétérias et de giroflierias dont les revenus augmentèrent l'importance de cette localité.
Les Élections de 1789
À la nouvelle de la convocation des États-généraux en 1789, les îles-sœurs voulurent avoir comme la Métropole leur Assemblée générale. On élut 128 députés dans les paroisses ; deux mois après, le nombre en fut porté à 137. L'Assemblée coloniale s'établit sur le pied de l'indépendance : elle accorda au Gouverneur le droit de sanctionner ses délibérations, ne se fit pas faute de déposer, de replacer les chefs d'administration selon son bon plaisir et les dispositions des esprits.
Municipalités
Un de ses premiers actes fut la création des municipalités dans toutes les communes de l'île.
Président
On élut M. Bellier président de l'Assemblée coloniale, pendant que M. Bellier de Villentroy était nommé député à l'Assemblée nationale.
Indépendance
L'Assemblée coloniale visait au pouvoir absolu dans toutes les questions administratives.
De Chermont et les Réformes (1790-1792)
L'administration de Chermont offre peu de particularités remarquables : les esprits s'agitaient, se disposaient à entrer dans la voie de l'indépendance métropolitaine. L'Assemblée coloniale visait au pouvoir absolu dans toutes les questions administratives. Enfin, une loi du 1er avril donna force de loi du royaume à ses délibérations. Après l'institution des municipalités, on s'occupa de modifier le régime des milices, et par imitation de la métropole, on leur donna le nom de gardes nationales.
L'Assemblée se conformait à l'esprit du temps, mais en conservant dans son sein un esprit d'ordre qui préserva le pays des horreurs de la révolution. Tout en veillant à la tranquillité générale, elle révisa la législation, établit les registres de l'état civil, organisa les services judiciaires, le jury, les justices de paix.
Grâces à ces louables efforts, la Colonie, sans finances et sans approvisionnements, parvint à se suffire pendant près de treize ans. En juillet 1791, le drapeau blanc fit place au drapeau tricolore. La même année vit encore surgir des troubles à Saint-André ; ils furent jugés si graves que l'Assemblée détruisit comminatoirement la localité et morcela le territoire au profit des communes de Sainte-Suzanne et de Saint-Benoit. L'église fut rasée ; toutefois la commune, reconstituée en 1797, perdit le territoire du Bras-Panon.
En 1792, création de deux conseils de santé à Saint-Paul et à Saint-Denis, et d'un lazaret à la Ravine-à-Jacques. Le gouverneur Duplessis, venant de l'île de France, fut le premier soumis à la quarantaine.
Duplessis et la République (1792-1794)
Proclamation de la République le 16 mars 1793. À cette nouvelle, l'île de France, toujours plus avancée que sa voisine, crut devoir imiter les Montagnards en élevant une guillotine. En somme, on guillotina un cabri, et l'instrument fut aussitôt démoli. Bourbon eut la louable réserve de ne pas singer les excentricités sanguinaires de la Convention.
Nouveau Nom
Les conventionnels décrétèrent que le nom de Bourbon serait remplacé par celui de l'île de la Réunion, appliqué en 1794.
Tribunaux
En 1793, l'Assemblée coloniale décida que les tribunaux de première instance et d'appel seraient électifs.
Biens du Clergé
Les biens du clergé furent mis à la disposition de la nation et vendus pour 1,393,463 francs en 1793.
Des officiers ayant été nommés pour la tenue des registres civils (actes de naissance, de mariage et de décès), les livres furent retirés des mains du clergé qui en avait établi et maintenu l'usage depuis 1665. Trois députés sont élus pour la représentation coloniale à l'Assemblée nationale : d'Etchévéry, Lemarchand et Bénard. Le premier seul se rendit à Paris et siégea au Conseil des Cinq Cents jusqu'en 1798.
Les Chaumières et la Terreur
Cependant la terreur étendait son voile de deuil sur toute la France. Les Girondins, conservateurs de quelques vestiges d'ordre, avaient péri sur l'échafaud. Aucun frein n'arrêtait plus les massacres de Robespierre, qui s'était mis à la tête du gouvernement provisoire révolutionnaire. Les deux Assemblées coloniales, ne recevant pas de nouvelles de la mère-patrie, crurent un instant que les passions politiques touchaient à leur période de décroissance, lorsqu'un navire vint faire connaître la réalité de la situation.
Aussitôt, les Chaumières, établies sur tous les points habités des deux îles, reprirent une nouvelle activité. Celle de Saint-Denis fit passer à l'Île de France ses griefs contre les amis de l'ordre. La Chaumière de Port-Louis obtint de M. Malartic un ordre d'arrestation contre les royalistes de Bourbon.
Soixante patriotes, montés sur la Minerve commandée par Daussère, débarquant à Saint-Denis, firent main basse sur le Gouverneur, le lieutenant-colonel Fayolle, Marceney major, Brunot capitaine de port, Tyrol commissaire civil, Navailles et Montmorin officiers de marine et Grangier propriétaire. Fiers d'un si brillant début, les patriotes résolurent de continuer les arrestations, mais la commune de Saint-Denis s'y opposa énergiquement et réclama la liberté de Grangier.
Conclusion de l'Histoire
Ainsi s'achève cette histoire abrégée de l'île Bourbon, devenue la Réunion, depuis sa découverte en 1513 jusqu'en 1880. À travers les récits des gouverneurs, des colons, des révoltes et des prospérités, nous avons suivi l'évolution d'une île déserte transformée en colonie florissante. Des premiers déportés de Fort-Dauphin aux révolutionnaires de 1793, des cultures de café aux plantations d'épices, l'île a connu des périodes de gloire et de misère, de développement et de stagnation.
Cette histoire témoigne du courage et de la persévérance des premiers habitants, de la vision de grands administrateurs comme Poivre et Labourdonnais, et de la résilience d'un peuple qui a su traverser les tempêtes naturelles et politiques. L'île de la Réunion, héritière de ce riche passé, continue aujourd'hui de porter les traces de ces siècles d'histoire mouvementée, dans ses paysages, ses traditions et l'âme de son peuple créole.
Que ce récit serve de mémoire aux générations futures et rappelle l'importance de connaître et de préserver l'histoire de cette terre exceptionnelle, perle de l'océan Indien.